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Le toucher guérisseur

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Après avoir abordé la peau et esquissé notre arrivée sur la terre, nous voilà, nouveau-né aux mains ou plutôt dans les bras les plus sécurisants qui soient.

Le toucher, comme nous l’avons vu dans le précédent article est primordial, il est le premier acte de rencontre à notre naissance. Le toucher va être particulièrement important toute la vie. Dans les sociétés où le toucher est en voie de disparition, la violence explose. Il est clair qu’il serait simpliste et réducteur de croire que la société est de plus en plus violente car les êtres humains ne se touchent plus spontanément. Cependant, force est de constater que les études confirment ce parallèle. Les populations où les femmes enceintes sont massées régulièrement, où les enfants sont touchés et portés, sont des populations plus pacifiques, et vivent avec d’autres valeurs. Nous verrons plus loin, comment par son effet sécurisant le toucher apaise et rend moins violent. Le toucher est également indispensable au bon développement de l’enfant. Nous nous souvenons de ces enfants vivant dans les orphelinats de Roumanie, qui avaient été nourris sans être touchés et sans marques d’affection. Ils étaient tous en carence dans tous les domaines ainsi que dans leur croissance. La nourriture, si elle n’est pas accompagnée d’une nourriture affective ne suffira pas au bon développement de l’enfant.

Et si nous faisions un petit pas dans l’histoire, voire un pas de géant pour comprendre le toucher, son évolution et du coup son importance, et si par là même, nous pouvions comprendre pourquoi il est tombé en désuétude, nous pourrions peut-être lui redonner la place qu’il mérite ? Voilà que je m’emballe, mais avant de vouloir le mettre à l’honneur, il me faudra vous en parler avec sincérité et enthousiasme, pour que finalement ce soit vous, qui décidiez de le mettre à l’honneur ou pas dans votre vie !

Le toucher a été progressivement abandonné dans nos sociétés occidentales. Pourtant il était le premier moyen de soin dans les milieux hospitaliers avant l’avènement des médicaments.

S’il n’y a pas lieu d’opposer des techniques différentes, il serait peut-être intéressant de les mettre en commun pour le bien-être de tous. Car au-delà du côté agréable du massage, celui-ci a un réel impact sur notre santé et modifie nos paramètres biochimiques. Alors pourquoi se priver d’une combinaison « médicaments-massage » qui ne peut qu’améliorer notre état de santé. Et si vous êtes en bonne santé, me direz-vous ? Alors c’est la voie royale, car le massage, associé à tout ce que vous mettez en place dans votre vie pour rester en équilibre, va contribuer au maintien de votre forme physique, psychique et mentale.

Un peu d’histoire, prêt à remonter dans le temps ? Pas longtemps c’est promis, vous n’êtes peut-être pas tous intéressés par le passé ! Malgré tout le passé a ceci d’intéressant, qu’il est le terreau de notre présent… C’est un autre sujet, je dois de nouveau me recentrer et revenir sur le sujet qui nous intéresse. L’histoire va nous permettre de comprendre l’évolution de ce sens qui a longtemps été oublié.

Des papyrus d’Ebers (un des plus anciens traités de médecine) témoignent de l’existence du toucher 1500 ans avant J.C. Dans la Grèce antique, les dieux prenaient beaucoup de place et le fils d’Apollon guérissait par le toucher.
Dans la Grèce d’Hippocrate, (la médecine actuelle se réfère encore à Hippocrate par le serment qu’elle demande aux médecins de prononcer, à l’occasion de l’obtention de leur diplôme), soit 400 ans avant J.C., les guérisseurs utilisaient les mains et les doigts pour soigner. Ils étaient nommés Kheirourgos origine du mot chirurgien. Un célèbre médecin romain Galien recourait au massage comme traitement médical (130 ans avant J.C.).

Le toucher, l’imposition des mains a de tout temps existé. Ils faisaient partie des techniques de soin jusqu’à ce que l’église y mette un véto. Assimilant le corps au « mal » et donc tout ce qui fait du bien au corps comme étant le mal. Faisant alors du toucher un acte maudit, assimilé à l’acte sexuel, tout aussi mal vu par l’église.

Avec le temps, l’imposition des mains et toute forme de toucher thérapeutique se sont perdues et seuls les Rois avaient gardés ce privilège de guérir par le toucher, investis alors de cette aura de « guérisseur unique ».  Était-ce la foi, ou la conviction qu’ils étaient capables de sauver des vies, toujours est-il qu’ils guérissaient encore jusqu’en l’an 1729. Le dernier toucher réapparût une dernière fois en 1825 (Charles X est le dernier roi français à avoir effectué cette forme de toucher).

C’est au XVIII siècle que le médecin autrichien, Franz Mesmer cherche à comprendre pourquoi l’imposition des mains pouvait avoir un impact bénéfique sur le corps.  Il fit alors des expériences et des études qui le convainquirent du fluide énergétique qui passe dans les mains. On parle alors de magnétisme, énergie que l’on sent plus ou moins en fonction des personnes. (Si ce sujet vous intéresse je vous propose de lire l’article du 17 mai « les pouvoirs de l’esprit sur le corps »).

Au-delà du fait que le toucher fait du bien, il est clair qu’il y a différentes formes de toucher et qu’avec la même façon de poser les mains, la même pression, le ressenti sera différent en fonction des mains qui nous touchent. Il s’agit également d’une forme d’échange et de dialogue de « peau à peau ».

Nous avons parlé de la personne qui est touchée. Mais la personne qui va toucher l’autre, qui est-elle ? Quel est son état intérieur, son souhait, sa bienveillance ? C’est tout cela qui va passer dans ses mains et à travers ses mains.

Nous avons tous déjà fait cette expérience, à savoir nous sentir à l’aise près d’une personne ou tout simplement indisposé par une présence sans qu’il n’y ait eu aucun contact physique. Cela confirme notre émanation énergétique. Cette émanation de tout notre corps s’exprime aussi par nos mains. C’est cette différence qui donne aussi notre coloration énergétique, notre spécificité. Par le toucher, une Maman peut reconnaître son nouveau-né les yeux fermés ! C’est dire si nous sommes capables de nous différencier les uns des autres à travers ce sens.

Malgré tout ce que je vous en dis, je suis bien obligée de vous parler de notre réalité. Le toucher est tombé en désuétude à cause de l’arrivée des médicaments, des tabous et de l’assimilation faite entre toucher et sexualité, voire criminalité. Et quand je dis « tombée », ce n’est pas uniquement au sens figuré que je pense mais bien au sens propre ! Il est tellement tombé qu’on a presque fini par l’oublier, ou en avoir peur.

Cette perte d’identité et cet oubli de notre sens du toucher ont transformé la société pour en arriver à celle dans laquelle nous vivons actuellement. Société dans laquelle toucher fait peur, peur parce qu’il peut être mal interprété. Aux U.S.A., les études montrent que de nombreux parents ont peur de toucher leurs enfants ! Le toucher étant devenu une phobie. Paradoxalement on sait actuellement que le manque de toucher génère de la dépression et de la violence.

Dans une société où le toucher fait peur, alors qu’il est le fondement même de notre équilibre, ne serait-il pas nécessaire de se réapproprier ce sens ? Apprendre à écouter son ressenti, à sentir si on est en sécurité ou pas ? Apprendre à dire « Non ». Apprendre que le non, bien que synonyme de frustration, est indispensable aussi pour notre équilibre. Apprendre à l’enfant, que se voir refuser certaines choses, que d’accepter cette frustration, sont un apprentissage nécessaire.

Dans l’autre sens, ce sera la certitude pour l’enfant qu’il pourra lui aussi dire « Non » quand une attitude ne lui semblera pas correcte à son égard. Plutôt que de laisser le « toucher » de côté par peur, ne vaudrait-il pas mieux le réintroduire dans nos vies, pour faire l’expérience des différentes manières de toucher et d’être touché sans ambiguïté.

Pour résumer, d’éviter le contact masculin (certaines crèches aux U.S.A. refusent d’engager du personnel masculin), n’est-ce pas prendre le risque de perdre les modèles masculins, indispensables pour la structure de l’enfant ? Cette attitude ne met-elle pas en place la peur des hommes, plutôt que l’apprentissage des sensations et de l’écoute de soi ? Faire l’apprentissage de la confiance en soi à la place de la peur. Apprendre très tôt à l’enfant à faire la différence entre les différentes manières de toucher, c’est aussi apprendre à dire « NON ». Permettre cet apprentissage, apprendre à se connecter à son propre ressenti, n’est-ce pas mettre toutes les chances de son côté ? Ne serait-ce pas plus efficace que de lui inculquer la peur de l’autre, et la peur de l’homme en particulier. Cette fermeture ne protège en aucune manière, elle emprisonne, bien au contraire.

La peur va alors engendrer deux attitudes. La fuite, si elle est possible, dans le meilleur des cas. Mais parfois la paralysie, avec de la culpabilité et la sensation de souillure. La sensation d’avoir été faible. Même si l’enfant se débat, il aura une sensation de fragilité et de vulnérabilité.   Évidemment, je décris une situation, mais celle-ci pourrait se décliner de multiples manières.

Dans son innocence, l’enfant ne voit pas toujours le danger, car l’adulte est symbole de protection, celui en qui on devrait pouvoir avoir confiance. C’est en faisant appel à son intuition, qu’il pourra peut-être sentir qu’il est en présence d’un « prédateur ». C’est aussi en faisant appel à sa confiance en lui, qu’il osera en parler à d’autres adultes. Cet apprentissage de l’écoute de soi est fondamental pour savoir mettre les limites sans se priver de « calins ».

Alors, en tant qu’adulte, quelle sera la meilleure attitude à adopter ? Nous ne le saurons jamais, car chacun va transmettre la résultante de ses propres apprentissages, expériences, son hérédité et son émanation vibratoire.

Après ce terrible et pourtant réaliste descriptif, revenons à des touchers authentiques, sans arrières pensées. Le toucher revient sur le devant de la scène. A l’Université d’Harvard, il est inclus au programme d’études.

En effet, sans le sens du toucher, nous ne pourrions pas vivre. Tout ce que nous faisons en dépend. Bouger, marcher, s’asseoir... Il nous permet d’appréhender le monde qui nous entoure et les êtres qui nous entourent. Sans ce sens, nous ne pourrions pas nous mouvoir, évoluer. Que diriez-vous si nous prenions le mot évoluer dans les deux sens du terme ? Évoluer sur terre, marcher. Évoluer dans le sens intérieur et psychique ou spirituel ? Puisque ce sens du toucher nous permet d’avancer, d’évoluer sur terre sans tomber, au sens littéral, pourrions-nous imaginer qu’on évolue intérieurement lorsqu’on s’approche de son sens tactile ?

Est-ce qu’on évolue lorsqu’on passe par ce sens pour apprendre à connaître ses limites, sa confiance en soi, en l’autre ? Est-ce que ce sens peut nous permettre d’accéder à notre corps dans son entier ? A son écoute ? A une compréhension de ses besoins ? A sa parole ? Que ce soit par le regard ou par l’écoute, c’est notre sens tactile qui réagit à la vision ou au son. Le frisson ! C’est au niveau de la peau et à l’intérieur du corps qu’il a lieu.

Le sens du toucher nous parle de nous, de nos peurs d’être approchés ou pas. Des zones douloureuses que l’on dévoile ou pas. Que l’on ne soupçonne parfois même pas ! Notre manière de toucher ou d’être touché, d’embrasser en se prenant dans les bras ou pas, de bouger dans l’espace en évitant ou pas d’être touché, tout parle de nous, de notre histoire. Se laisser toucher, c’est ouvrir un livre qui parle de nous.

Selon Joan Carmichael (Chercheur dans le département de médecine familiale de l’université de Miami) : « L’imposition des mains n’est pas du simple folklore ou du mysticisme. Rétablir le massage du dos en tant que procédure hospitalière standard pourrait contre balancer l’introduction du scanner ».

Nous pourrions comprendre cette traduction par : l’imposition des mains pourrait être un préalable avant le passage au scanner.

Le toucher est donc essentiel pour ce premier contact avec l’autre. Cependant pour certaines personnes ayant vécu le toucher sous forme agressive et invasive, il sera difficile de se laisser aller et de ressentir le toucher comme bénéfique. Il faudra de la patience et probablement des thérapies pour changer cette mémoire. Quant aux enfants prématurés, il sera important qu’ils puissent vivre l’expérience du toucher autrement qu’à travers l’acte médical. Les expériences ont montré, que ces prématurés, s’ils sont caressés, auront de meilleurs résultats aux stimulis visuels et auditifs et augmentent plus que les autres leur prise de poids.

Selon Saul Schanberg (Scientifique, neuro-physicien de renommée internationale, sous-directeur d’un programme de recherches sur le comportement humain) : « Le toucher est 10 fois plus puissant que le contact verbal ou émotionnel, et il affecte pratiquement tout ce que nous touchons ».

Le toucher est pour chacun source de sensations diverses. Cependant en toute logique et parce que nous ne sommes que le résultat de rencontre et de toucher, il revêt une place capitale que nous acceptons ou pas de lui donner. Le toucher, c’est aussi une simple main qui se pose sur un bras, et la personne se sent alors entendue, écoutée, réconfortée. Elle se sent exister ! Il n’est pas nécessaire de faire plus, parfois un « petit geste » en fait plus que de longues phrases.

Je vous invite, donc à notre prochaine rencontre. A défaut de vous toucher physiquement, j’espère vous toucher suffisamment pour vous donner envie de poursuivre l’aventure et de me retrouver dans quinze jours.

© Alice Duruz - 2019

Source :

« Les bienfaits du toucher » Tiffany Field – Petite Biblio Payot Santé

Tiffany Field est psychologue, dirige le Touch Research Institute à la Faculté de médecine de l’Université de Miami

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