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Le Bug Humain - Le responsable est démasqué !

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Un livre passionnant écrit par Sébastien Bohler, docteur en neuroscience et rédacteur en chef du magazine Cerveau & Psycho.

Le titre tout d’abord. Il nous interpelle : Le Bug Humain. « Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher ».

C’est de bon augure, je prévois la délectation à l’idée de cette lecture. Je ne le sais pas encore mais cette joie, que j’anticipe, va inonder la partie la plus archaïque de mon cerveau d’une bonne dose de dopamine. La connaissance serait-elle aussi une source de plaisir ? L’auteur nous le confirme… Une piste à exploiter.

Mais ne brûlons pas les étapes. Revenons au début du livre. Pour l’instant nous sommes face à un cerveau qui nous pousse, malgré une intelligence qui n’a cessé de croître depuis des centaines de milliers d’années, à nous détruire !

Ce livre est fascinant, richement étayé et se lit comme un roman. Notre curiosité prend le dessus, nous allons enfin, par des explications rationnelles, comprendre ce qui nous arrive. Que se passe-t-il dans notre cerveau depuis des centaines de milliers d’années ? Pourquoi sommes-nous comme des autistes face aux annonces climatiques alarmantes ? Sébastien Bohler va, pas à pas, nous expliquer nos mécanismes les plus archaïques. Mécanismes encore bien ancrés, qui pilotent actuellement nos comportements et surtout notre immobilisme. Des explications qui donnent les pistes pour déjouer nos schémas archaïques, se prendre en mains, et sortir de la culpabilité et du déni.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y en a des solutions ! Mais resterez-vous avec moi, lirez-vous l’article jusqu’à la dernière ligne ?  Les études les plus récentes le confirment, il devient de plus en plus difficile de tenir les lecteurs en haleine plus de huit secondes. Nous sommes tellement submergés d’informations qu’il n’y a plus de place pour le raisonnement et la réflexion.

Cela semble perdu d’avance ! Il va falloir que je trouve le moyen de vous donner envie de rester avec moi. Mais c’est notre auteur, Sébastien Bohler, qui va le faire. Il capte l’homme préhistorique qui vit en nous. Il réussit à toucher cette fibre.  Et nous avons la sensation de redevenir l’aventurier, à la recherche de la piste qui va le sauver. Vais-je réussir à prendre son relai et vous donner envie d’approfondir le sujet ?

En effet, à cette lointaine époque, pour l’homme du paléolithique, l’information était vitale et source de survie. Repérer une trace de boue séchée, et c’était l’espoir d’une proie à capturer…  de la nourriture en perspective, ou un danger imminent. Une trace de boue et tout pouvait basculer !

La lecture de ce livre est limpide et fondée sur des études précises. Elle est totalement déculpabilisante, à une époque où le climat, au centre de toutes les conversations, provoque souvent le rejet ou le déni.

Avec cette lecture, on entre dans les méandres de la « partie ancienne » de notre cerveau.  On comprend, d’une part, qu’on lui doit notre survie puisqu’il a su braver tous les dangers, d’autre part, qu’il est encore aux commandes… Et là, nous commençons à nous inquiéter car nous ne sommes plus du tout dans les mêmes conditions.

Comment lui en vouloir, il a été indispensable pendant si longtemps. Et, puisque actuellement, c’est encore lui qui décide et dirige nos actes, nous ne sommes pas si fautifs !  Nous avons enfin un coupable ! Et ce coupable se trouve dans la partie la plus profonde de note cerveau. Embusqué, caché et prêt à nous faire faire n’importe quoi ! Nous avons notre responsable, c’est le STRIATUM.

Nous sommes soumis à notre Striatum… Oh quel nom barbare ! En aviez-vous déjà entendu parler ? Il vient de nous sauver la mise, le striatum prend sur son dos toute la responsabilité de nos débordements. Le striatum est une partie de notre cerveau situé dans ses profondeurs.

Le striatum est composé de trois parties : le noyau caudé, le noyau accumbens, le putamen. Au plus bas, dans le tronc cérébral se trouve l’aire tegmentale ventrale qui approvisionne le striatum en dopamine lorsque les besoins fondamentaux sont satisfaits. Et c’est le plus important à retenir, il nous pousse au désir et au plaisir.

Retournons à la savane, car finalement, nous n’en sommes pas vraiment sortis malgré notre super intelligence. Nous avons un cortex, partie préfrontale qui n’a cessé de se développer, qui nous permet d’aller sur la lune et d’être connectés au monde entier. Pourtant ce cortex, siège du raisonnement et de l’anticipation, n’arrive pas à prendre les mesures qui s’imposent pour faire face aux problèmes climatiques… Et museler le striatum !

Il doit y avoir un bug ? L’auteur avec une finesse d’analyse implacable, nous raconte comment depuis la préhistoire 5 facteurs, déterminant la survie, ont été au centre de nos préoccupations. Qu’à chaque fois que l’un des besoins basiques qui sont la nourriture, le sexe, le statut social, l’information, le moindre effort (ce sont les renforceurs de base) est comblé, une dose de dopamine, hormone du plaisir inonde la partie la plus archaïque du cerveau. Cette partie du cerveau est le striatum.

Comme le dit l’auteur :

« Dès qu’une action programmée et exécutée par le cortex se termine par l’obtention d’une des cinq grandes récompenses (nourriture, sexe, statut social, information ou moindre effort), cette action est validée par le striatum qui asperge les connexions de ciment neuronal, la dopamine ».

Pour le striatum, l’enjeu est la survie. La satisfaction du plaisir doit être immédiate, le raisonnement n’entre pas en ligne de compte. Le cortex n’a qu’à se taire. C’est l’expérience du marshmallows, expérience faite pour la première fois par le psychologue Walter Mischel à l’Université de Stanford qui nous le dépeint.

On donne une friandise à un enfant et on lui dit que, s’il attend trois minutes sans manger la première, il en aura 2. L’enfant essaie de résister, mais c’est difficile et la plupart du temps, malgré les efforts, il ne résiste pas et succombe à la tentation.

Cela a incité d’autres chercheurs, à observer nos comportements d’adultes. Ce manque de patience et ce besoin de tout avoir tout de suite sont-ils uniquement enfantins ? Que se passe-t-il lorsque le test du « marshmallows » est fait sur des adultes, en prenant de l’argent comme base ? C’est ce qu’a fait le neuroscientifique Samuel McClure à l’université de Princeton.

Les expériences ont été faites, avec l’IRM qui permet d’observer les réactions dans le cerveau. Si on donne 20 dollars à une personne et on lui propose 30 dollars dans quinze jours. Ceux qui préféraient attendre activaient le cortex, ils étaient capables de garder une idée et un projet sur le long terme. Les autres avaient leurs striatums qui s’activaient immédiatement. (A noter que, plus la confiance en l’avenir est développée et plus il est facile de résister et de faire fonctionner notre cortex).

Comment l’expliquer ? Une meilleure confiance en l’avenir, mais également un contexte socio-culturel, explique quelle est la partie du cerveau qui va prendre le dessus. Le cortex nécessite une longue maturation avant de pouvoir prendre les rênes de nos comportements et réguler notre « homme des cavernes » intérieur, qui lui, ne souhaite et ne vise qu’une satisfaction immédiate, même si elle est moins lucrative !! On ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait…

Comme nous le verrons plus loin, le comportement de l’adulte va aussi dépendre de la manière dont on aura aiguillé l’enfant dès son plus jeune âge.

Nous sommes donc gouvernés par une partie du cerveau qui ne cherche que le plaisir immédiat parfaitement adapté pour survivre selon les modes de vie datant plusieurs millions d’années, et qui continuent à fonctionner à l’identique.

Revenons à notre femme et homme des cavernes. Nous allons très rapidement comprendre que l’enjeu est de taille. En deux mots. La nourriture, qui est la condition pour rester en vie ne court pas les rues ! Heu, les sentiers ! nous sommes dans la brousse, il faut la chercher cette nourriture ! … parfois, pendant des jours. Cela demande d’avoir du flair, repérer toutes les informations. Mais ces informations sont en lien avec la nature, un cri d’animal, une trace de boue, une odeur… Enfin, après des jours de traque, le gibier est là. Le meilleur chasseur va permettre au clan affamé de faire bombance et de rester en vie. Une bouffée de satisfaction va inonder son cerveau. Cette satisfaction répond à un besoin primaire et de survie. La dopamine est sécrétée et le striatum envoie un message de plaisir et de satisfaction. L’égo est déjà là.

Que va-t-il se passer, le meilleur chasseur va être perçu par le clan comme le leader, celui que l’on respecte, celui qui permet au clan d’avoir les meilleures chances de survie. Il est adulé et admiré. Une deuxième dose de dopamine inonde les neurones de notre champion, et comme il serait dommage de s’arrêter en si bon chemin, poursuivons notre observation. La survie de l’espèce dépend de la nourriture, mais aussi de la reproduction. Notre cher mâle est respecté, ses gènes sont performants, il fait l’admiration de tous, et surtout de toutes, il va donc avoir une priorité certaine sur toutes les femmes du clan. Il va pouvoir, à loisir, essaimer ses gènes aux plus jeunes femmes, source de fertilité maximale. Il sera donc, de nouveau, celui qui aura répandu le plus de gènes mais aussi celui pour lequel tout le monde sera au petit soin. De nouveau, l’hormone du désir et du plaisir entre en scène. Nous constatons qu’à chaque fois qu’un des 5 renforceurs de base (la nourriture, le sexe, le statut social, l’information, le moindre effort) est assouvi, notre striatum est au maximum de son bonheur… Malheureusement le bonheur est de courte durée.

Notre ancêtre a développé le cortex et l’a mis à son service. Il a sans cesse essayé d’améliorer ses conditions de vie, développant une grande intelligence. C’est cette intelligence qui a développé le secteur agro-alimentaire, technologique, etc.. l Tout est facile d’accès, à profusion sur les étalages, et la publicité s’en est mêlée... Mais  finalement, le cortex ne sert qu’à donner au striatum le plaisir constant dont il rêve depuis des millions d’années. Plus besoin de courir la savane, un clic et la nourriture est livrée. Nous « creusons notre tombe avec nos dents », tant nous sommes avides et incapables de nous limiter, dans la plupart des cas. Tous les besoins primaires sont satisfaits sous ce même modèle.

Et c’est l’avènement de la société industrialisée, qui depuis plus d’un siècle, a changé la donne. Tous nos besoins primaires que sont, la nourriture, le sexe, le statut social, l’information et le moindre effort ont été satisfaits sans limite.

Notre striatum habitué aux restrictions et à l’extase occasionnelle, se retrouve en perpétuelle tentation. Notre striatum explose de joie. Il obtient, enfin, à profusion, ce qu’il a convoité et espéré pendant des milliers d’années.

Il peut assouvir tous ses désirs, sans limite, et il en veut toujours plus !  C’est un insatisfait de première ! Un frustré que rien ne semble apaiser. Se laisser guider par ces pulsions est l’équivalent de laisser un enfant décider de tout, sans conscience du danger dans lequel il se met. L’exposé est fait ! Et ça fait peur !

Toute la société est basée sur cette motivation et ces pulsions. Tout est fait pour satisfaire le striatum qui envoie des doses de dopamine, hormone du plaisir, dès qu’un désir basique est satisfait (à savoir nourriture, sexe, statut social, information, le moindre effort.) On comprend mieux comment tout s’articule, nous savons d’où ça vient. Un pas indispensable, pour permettre de regarder les choses en face, et admettre qu’un changement de comportement s’impose, sans entrer dans un discours moralisateur.

C’est notre première bouffée d’oxygène, on a trouvé le responsable, pas le coupable ! Ce mode de fonctionnement a été indispensable pendant trop longtemps pour le jeter aux orties manu militari ! Mais va-t-on pouvoir le raisonner ? Comment vivre avec un cerveau adapté à la survie dans le monde actuel ? Ce sera l’objet du prochain article. J’espère que vous aurez envie de connaître les propositions de l’auteur, et me réjouis de vous retrouver dans quinze jours.

© Alice Duruz - 2019

Source :

Sébastien Bohler (Dr en neurosciences – rédacteur en chef du magasine Cerveau & Psycho).

Le bug humain – Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher.

© Alice Duruz - 2020

© Alice Duruz - 2020

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