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Le manque de temps nous rendrait-il plus vivants ? Réalité ou illusion ?

Regard sur les mondes
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Nous plongeons ensemble pour la deuxième fois dans ce thème merveilleux qu’est le temps. Il nous tient en haleine. Nous sommes tous concernés par ce manque de temps ! Il génère tellement de stress… et altère même nos relations humaines.

Le stress étant une composante incontournable de nos vies actuelles, nous ne sommes plus étonnés de voir autant de femmes et d’hommes qui explosent dans le bus, dans la rue…Ces espaces qui auparavant étaient communs, où chacun faisait en sorte de ne pas étaler sa vie privée… Sur les nerfs, impatients, non pas par manque d’Amour, mais par manque de temps ! Car ce manque de temps, c’est aussi la sensation de devoir être présent à l’autre en priorité, lire les messages rapidement, y répondre avec hâte, répondre à ses sollicitations, à ses propositions… et petit à petit l’équilibre, entre le temps pour soi et le temps pour l’autre, n’existe plus. C’est cette perte d’équilibre qui va provoquer la maladie, voire la mort. Car un corps en bonne santé, est un corps où tout est en équilibre. Et cet équilibre est précaire, il est une recherche de chaque instant. Il peut être perturbé par un mot désobligeant, une phrase de trop, une injustice, un silence qui en dit long… tous ces reproches se déversent alors sur un être fatigué, qui fait déjà son maximum, et qui n’a plus le temps de souffler. Et quand cet être se sent acculé, l’explosion n’est pas loin. Elle se manifestera sur les autres ou sur lui-même.

Après cette démonstration apocalyptique, partons à la recherche d’un autre programme afin de tout concilier sans se noyer, car le train est en marche et nous ne pouvons pas rester sur le quai alors que tout le monde avance ? il va falloir trouver des stratégies.  Ouf, un peu d’espoir !

En fait, il faut bien que quelque chose nous pousse dans cette voie gloutonne et que nous y trouvions quelques satisfactions à continuer ainsi.  Et si ce qui nous pousse était le sentiment d’être vivant ! l’agenda est plein, nous sommes actifs, nous sommes demandés, nous existons tout simplement au regard de l’autre. Nous existons grâce à son regard. Nous entrons dans la dépendance de son regard et dans le reflet qu’il va renvoyer de nous. C’est le cercle vicieux, plus l’agenda est plein, plus nous sommes actifs et plus nous nous sentons vivants. Vu sous cet angle, comment ne pas vouloir être vivant ! Aurions-nous d’autres manières d’y parvenir.

Nous avons pris des habitudes, c’est comme un vice. Au départ, il procure du plaisir et à terme ce sentiment se transforme en oppression, en asphyxie. Le burn out, la maladie ne sont pas loin.

Gardons en tête que toutes ces activités se font avec une connexion permanente aux autres… ça donne le vertige quand on y pense.

Pourquoi nous être mis dans cette situation d’accélération, tout en nous plaignant du manque de temps…serions-nous schizophrènes ?

Dans notre paradoxe d’humain, nous n’arrivons plus à nous déconnecter, fébriles à l’idée de manquer un événement, un message, comme si nos vies en dépendaient … et elles en dépendent parfois … comme si cette information que nous n’avons pas eue risquait de nous mettre au ban de la société et du groupe d’appartenance.

Sentiment profondément archaïque, qui parle de la sécurité de faire partie du groupe. Et l’on parle de la peur d’être rejeté, de la peur d’être différent et mis à l’écart, de la peur d’être seul, de la peur d’être avec soi. De la peur de soi aussi !

Cette peur nous parle de l’autre qui nous rassure,
non pas par ce qu’il dit, mais parce qu’il est constamment présent. Cette connexion permanente nous fait oublier la solitude. Elle nous la fait oublier quelques instants, quelques heures, quelques jours, quelques mois quelques années, mais cette solitude reste néanmoins tapie en nous, et ce malgré tous les stratagèmes. Il nous faudra trouver, tôt ou tard, une solution pour se sentir rempli de présence même dans l’absence, rempli d’amour dans le désert.
C’est par le corps que nous allons trouver la solution, car c’est lui qui va nous permettre de ressentir ce vide intérieur ou cette plénitude. Ce sont nos sens qui vont nous aider à reprendre pied.

Notre solitude, notre peur, nos manques s’expriment à travers nos sens, à travers notre corps, que nous bousculons sans cesse avec nos activités. Nos connexions extérieures constantes nous empêchent d’entrer en connexion avec nous-mêmes. Car entrer en soi-même sera l’occasion de mesurer l’état de nos manques et de nos souffrances. Ce retour sur soi, c’est une recherche, comme un souffle vital qui vient nous rassurer quand il semble que nous ne maîtrisons plus rien. Ce retour sur soi va permettre de ressentir notre corps, notre présence au corps, bien vivant et sur terre. Une sensation bien tangible et rassurante, qui ne passera pas par l’autre, et qui nous rendra notre indépendance et notre sécurité.
Ce seront des pauses que l’on s’octroie, des moments de connexion à soi ou rien ne viendra interférer ce dialogue intérieur. Un ralentissement indispensable. Ce sera la marche pour certains, le yoga, le jardinage, le tai-chi, la méditation, les activités artistiques, etc… Ce sera vécu comme un retour à la maison, un retour au corps, un retour aux sensations du corps. Une fois de plus, le corps, matière vivante et intelligente va nous guider, nous baliser le chemin pour retrouver la plénitude de l’équilibre intérieur. Le corps comme un tremplin, qui nous connecte à nous-mêmes et à l’univers. Oser se déconnecter, de temps en temps, de nos petits outils informatiques qui nous rassurent, comme des bébés, permet de se connecter à plus grand que soi.

Cette nouvelle connexion nous rend plus forts intérieurement, car moins dépendants de l’autre, de son appel, de son message, de son regard.
On se découvre des capacités insoupçonnées, celles de se sentir bien avec soi-même. Cette force et cette indépendance vis-à-vis de l’autre permet d’arriver à un état particulier de sérénité. Dans cette attitude intérieure, aller à la rencontre de l’autre, c’est arriver et créer un lien sans attente aucune. On n’attend rien de cet autre. On est déjà rempli, il n’a plus pour mission de nous rassurer, de remplir notre vide intérieur, notre peur d’être seul et abandonné. Nous arrivons en adulte face à l’autre, et non comme un enfant en manque d’amour qui attend d’être rassuré. Arriver dans cette attitude intérieure de présence à soi, est libérateur. On ne met plus d’attente, on ne met plus de pression, l’autre n’est pas responsable de notre équilibre, de notre paix, il est libre, il peut être qui il veut, comme il veut. Notre bonheur ne dépend plus de lui ! Plus aucune pression inconsciente ! Quelle chance, notre liberté lui donne la liberté d’être, lui aussi, authentique.
Cette connexion intérieure et au monde, on la sent par moment. C’est une connexion plus vaste que tous les réseaux sociaux. C’est une connexion à la nature, aux éléments, à tout ce qui nous dépasse et qui nous renforce, à nos sens et nos perceptions extra sensorielles. Ces moments de connexion se vivent lorsqu’on s’octroie des moments d’ennui, de rêve, des pauses, des moments de silence, des rendez-vous avec soi-même. Ils permettent de ne pas sombrer dans la folie, et la peur du temps qui passe. Ce sont des moments purement créatifs où tout se joue, sans ne rien faire. Même la marche qui semble une activité, peut-être méditative, car répétitive. Dans cet état d’esprit, elle devient une occasion de se retrouver avec ses sensations. En fait, c’est ce ralentissement qui va ouvrir des brèches régénérantes.

Des brèches indispensables pour repartir, nourri de l’intérieur, et prêt à faire face à nos vies trépidantes. Il ne s’agit pas d’opposer la vitesse à la lenteur. Ce serait nourrir la dualité alors que nous cherchons à mettre l’harmonie dans nos vies. Nous cherchons à y mettre la douceur et non le reproche.

Revenons à l’accumulation d’activités et au temps qui manque. Certains vont sentir le danger, car il y a bien danger face à toute forme d’excès. Tout excès va, à terme, avoir un impact sur le corps. Il va aller mal ce corps, nous envoyer de petits signes tout d’abord, car il veut nous parler et ne nous veut pas de mal ! Mais évidemment, il aime qu’on l’écoute, comme nous tous d’ailleurs ! Qui aimerait discuter avec quelqu’un, qui reste sourd à ses dires, dans une totale indifférence. Ce sont les accumulations de tensions, ces pressions, ces injonctions, ces attentes constantes venant de l’extérieur, ces agendas pleins comme des œufs, qui à terme peuvent être ressentis comme un manque de respect de soi et de nos besoins. Tout excès est nocif, trop manger, trop boire, trop fumer, et finalement être trop affairé aussi. Affaire, on parle de faire.

Trop en faire, ou ne rien faire, seul l’équilibre de ces deux pôles permettront de trouver la sérénité et la stabilité.

Nous verrons dans le dernier article, comment éviter les oppositions et constater à quel point la vitesse est actuellement aussi bénéfique que la lenteur. Rendez-vous dans quinze jours !

© Alice Duruz - 2019

Information sur le Média :

France Inter
Grand Bien vous fasse animée par Ali Rebeihi
A quelle vitesse faut-il vivre ?


Invités :

Martin Legros
Rédacteur en chef de Philosophie Magazine

David Le Breton
Anthropologue et sociologue, auteur de Marcher.
Éloge de chemins et de la lenteur et Disparaître de soi une tentation contemporaine, Edition Métailié

Christilla Pellé-Douël
Journaliste Psychologie magazine
Auteur de "Ces livres qui nous font du bien", Edition Marabout


Proposition de livre :

Du bon Usage de la lenteur
Pierre Sansot, collection Rivages-Poche

© Alice Duruz - 2020

© Alice Duruz - 2020

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Créé par
Kayaleh | Communication Globale - Agence spécialisée dans la Communication et le Marketing Digital