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La maladie est-elle psychosomatique ou pas ?

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Continuons à dialoguer. Dans le précédent article nous en étions restés à la maladie, à laquelle il s’agissait de ne pas donner de sens, selon les philosophes invités à l’émission : "La philosophie peut-elle guérir les corps" ?

Les invités de l’émission :

En poursuivant sur cette lancée, l’un des intervenants nous dit : "Si vous tombez malade physiquement ou psychiquement, aller voir un médecin. Considérez la maladie comme une maladie et non pas comme une métaphore avec les mythes qui l’accompagnent. Il s’agit pour le philosophe d’avoir une vision sèche de la maladie. Sortir de concept de maladie psychosomatique, le cancer n’est pas une maladie psychosomatique, chercher à trouver des causes liées à un châtiment, à une faute est inacceptable."

Mes réflexions :

J’entends ces phrases et c’est arrêt sur image. Non pas que je défende le cancer comme maladie psychosomatique !!! Mais de nouveau, tout ce discours me semble tellement loin du corps et de son vécu. Tellement loin de ce que je vis à l’institut lorsque je touche les corps, lorsque je fais les drainages lymphatiques, lorsque j’écoute les corps et les personnes, lorsque j’entends leur souffrance physique, psychique.

Je me pose alors la question suivante : à quel moment une maladie est psychosomatique ou pas ? Qu’est-ce qui détermine qu’une maladie est psychosomatique ou pas ? Dire qu’une maladie est, ou n’est pas, psychosomatique est de nouveau un classement arbitraire.

Comme si, en disant que la maladie était psychosomatique, cela ôtait son réel impact, et sa vérité dans le corps, comme si cela supposait une culpabilité de la part du malade, comme s’il avait cherché et voulu être malade ! Comme si la personne n’habitait pas ce corps avec lequel elle traverse la vie, comme si tous les ressentis n’avaient aucun impact sur sa physiologie et ne pouvait pas provoquer un déséquilibre, que certains iront jusqu’à dire qu’il peut provoquer la maladie. Comme si des traumatismes psychiques ne pouvaient en aucun cas provoquer une maladie. (voir l’article du 7 février) Il est impossible d’être affirmatif, dans un sens ou un autre et de croire que notre vérité est "La Vérité". Il y a autant de vérités que d’individus.

Qui a le droit de déterminer ce classement, qui a le droit de dire que telle maladie est psychosomatique ou pas ?
Je ne prends pas partie car je laisse à chacun la possibilité de réfléchir et d’aller un peu plus loin que ses convictions personnelles. Les miennes sont prêtes à être bousculées, constamment, si elles me permettent d’avancer et d’élargir mes horizons. En ce qui me concerne, je me garde de bien de faire des classements réducteurs qui seront probablement bousculés, tôt ou tard, par les progrès de la science. Nous avons vu, dans l’article du 7 février 2020, que les traumatismes avaient un impact sur le génome, donc qu’une modification de notre ADN était marquée suite à une agression. Une modification de notre ADN, signifie donc une modification de notre comportement, une modification de notre physiologie. Dès lors, Il n’y a qu’un pas pour se demander si la modification physiologique ne pourrait pas avoir pour conséquence un déséquilibre, une maladie…. Dans ce cas, la maladie est-elle psychosomatique ou pas ? Dans ce cas, est-ce bien important de le savoir ou pas ? Ce qui est important, me semble-t-il, c’est que chacun choisisse la voie qui le mènera vers un mieux-être, vers la guérison.

Dire qu’une maladie n’est pas psychosomatique, part du postulat que l’esprit, l’état d’esprit, notre vécu, n’ont aucun impact sur notre corps ; que le corps a sa faculté propre et qu’il prend seul la décision d’être malade ! Subitement un matin, il a décidé d’avoir mal à l’estomac, d’avoir des aigreurs d’estomac, un ulcère à l’estomac, un cancer à l’estomac… Je prends l’estomac, mais nous pourrions choisir de parler les maux de tête pour arriver à la tumeur au cerveau ! Ou prendre tout autre exemple.

Donc, le corps, que l’on sous-estime la plupart du temps, va tomber malade sans que l’esprit s’en mêle.
 On donne subitement au corps un pouvoir, qu’on lui refuse généralement lorsqu’il est en bonne santé, celui de prendre des décisions tout seul et de nous faire basculer dans la maladie presque à notre insu… puisque notre tête n’y est pour rien. A pauvre corps, même les philosophes actuels continuent à propager, malgré eux, cette idéologie judéo-chrétienne… Notre corps, de nouveau responsable de tous les maux !! On l’accable une fois de plus.

Décidément, il est toujours pris pour le responsable, lorsqu’il s’agit de maladie… Il a mal tourné et nous a lâché ! Avec un tel regard sur le corps, nous avons encore de la chance qu’il veuille bien continuer à être notre véhicule sur la terre.  Imaginons nos pensées, seules sans un corps, qui voltigeraient comme des feuilles mortes. Car c’est bien le corps qui met en mouvement et en application les pensées que nous avons. Que c’est triste. J’ai déjà fait plus de cinquante mille drainages lymphatiques, oui, vous lisez bien, c’est bien cinquante mille drainages lymphatiques en une trentaine d’années comme lymphothérapeute, sans compter mes années d’expérience comme infirmière. Après toute ces années au contact des corps et de "leur propriétaire", je constate que nous sommes encore loin de savoir tout ce que le corps recèle dans son escarcelle.

Et si nous essayions une autre vision du monde ? Imaginons que l’esprit et le corps sont intimement liés. L’état psychique ayant alors une influence sur les fonctions organiques de notre corps. Celui-ci répondant dans un dialogue intérieur à notre état d’esprit. Est-ce que de regarder la situation sous cet angle, prendre son cerveau pour ce qu’il est et peut faire, chercher un sens, un dialogue intérieur fait de nous des coupables. Cette attitude fait-elle de nous des personnes qui cherchent à aller bien à tout prix ? Le fait d’avoir un cancer et de chercher à comprendre et à écouter son corps "pour ce qu’il exprime" ne fait pas de nous des personnes qui cherchons à trouver une faute quelconque quelque part. Ni à considérer la maladie psychosomatique, avec une arrière-pensée, celle de nous culpabiliser d’être malade. Il n’y a pas de culpabilité à alimenter. Une personne qui fait des migraines constantes parce qu’elle travaille 10 heures par jour sur l’ordinateur aura tout intérêt à comprendre ce qui lui arrive, pour faire davantage de pauses, et entrer en dialogue avec son corps. Cet exemple simple peut s’appliquer à toutes les situations. Que la maladie soit grave ou pas, une maladie est une rupture d’équilibre dans le corps. De le comprendre peut, éventuellement, donner des pistes pour accompagner les thérapies allopathiques et holistiques.

Mais revenons à notre exemple, aux maux d’estomac, pourquoi pour des situations similaires certaines personnes déclencheront un ulcère à l’estomac et d’autres un cancer de l’estomac ?
Plusieurs hypothèses s’offrent à nous et tout dépendra du point de départ que nous choisissons.

Ce point de départ dépend de nos croyances. Bien entendu, si nous considérons que ce qui nous arrive est une réponse de notre corps à une situation présente ou ancienne de type généalogique, comme nous l’avons cité précédemment, il ne s’agit pas de faute à réparer, de coupable à débusquer, mais de situation à laquelle il est demandé de répondre au mieux. Chercher un sens, ne signifie aucunement se mettre en échec en cas de non guérison, chercher un sens permet d’accompagner le corps et l’esprit à vivre sur terre, avec ou sans maladie, et le plus agréablement possible. Comme vu précédemment les mots peuvent aider à trouver un sens. Ils peuvent être un baume pour apaiser et, dans le meilleur des cas, extirper la douleur.

Élargir notre vision et notre manière de penser permettra d’observer la situation, de la constater, pour ne pas rester collés à la culpabilité. Partons du principe que nous sommes issus d’un arbre généalogique, auquel cas, une part de notre destinée est inéluctablement liée à notre arbre. De ce fait, notre maladie peut, parfois, être la résultante de ce que nous portons dans notre génome.

Les philosophes vont s’empresser de répondre que, justement, nous subissons et n’avons rien choisi…

De nouveau nos croyances diverses feront toutes la différence. Une personne qui pense que tout n’est que hasard, imaginera que nous arrivons par hasard dans telle ou telle famille, d’autres imaginerons que nous avons choisi notre famille et l’expérience de vie qui y est associée.

Revenons à notre arbre, qu’il soit choisi ou pas, il est celui dans lequel nous sommes. La question se pose alors, de quelles branches sommes-nous issus ? Un arbre peut avoir quelques branches moins ensoleillées donnant moins de fruits, quelques-unes atteintes de maladies, d’autres parasitées par un champignon, d’autres porteuses de fruits abondants. Ce qui explique, qu’à l’image des arbres dans la nature environnante, nous soyons plus ou moins fragiles, plus ou moins aptes à faire face aux parasites etc... En effet, chaque "arbre", chaque famille possède ses zones de faiblesse, ses traumatismes à dépasser, ses maladies héréditaires. Comme nous l’avons constaté, "l’écriture" des traumatismes, les tendances de chacun, les modes d’expression, notre vécu s’inscrivent sur le génome et sont transmis de générations en générations. Ces modes de fonctionnement, de schémas à dépasser, sont autant "d’inscriptions" qui se révèlent sous forme de maladies. Celles-ci seront plus ou moins grave en fonction, non pas du traumatisme, il serait réducteur et très culpabilisant de le voir ainsi, mais plutôt des tendances de chaque famille. Certaines familles auront tendance à avoir des cancers, d’autres des douleurs, d’autres des phobies, etc… La maladie s’exprimant alors sur des organes divers et sous des formes diverses. Ce sujet pourrait être longuement développé, il existe de nombreuses théories selon lesquelles l’organe touché et la forme que prend l’expression de la maladie, pourraient être rigoureusement expliquées et répertoriées. De multiples visions sont envisageables. Cependant, nous n’aborderons pas aujourd’hui ce vaste sujet, soumis à controverse, qui n’est pas le sujet du jour.

Une autre grande question, une question fondamentale se pose alors : pourquoi cette une personne arrive-t-elle avec telle destinée et telle autre avec un autre destin ? A quel moment cela s’est-il "joué" ?

Il serait vain de chercher un coupable et un responsable. En ceci les philosophes ont bien raison, il s’agit plutôt d’accepter la vie telle qu’elle est. Accepter le mystère de la vie et de notre arrivée sur terre.


Comme toujours, je ne propose pas de donner des réponses, mais plutôt d’inciter chacun de nous à trouver les réponses en lui-même. N’est-ce pas cette attitude qui nous donne la sensation d’avoir un peu de pouvoir décisionnel dans notre vie ! A défaut d’être vrai, cela permet de se sentir moins "à la merci" de ce qui nous arrive. Nous retrouverons-nous dans quinze jours pour la suite de nos pérégrinations… Je le souhaite vivement.

© Alice Duruz - 2020

Source :

Télé Journal-Suisse du 28 octobre 2014

Découverte Service de recherche Génétique : "La maltraitance laisse des séquelles psychiques cela se sait on découvre qu’elle laisse des traces biologiques".

Dr Ariane Giacobino (Service Génétique CHUG)
Dr Dora Knauer (Pédo-psychiatre) invitée sur le plateau


Emission : "Grand Bien vous fasse"

Animateur : Ali Rebeihi
Invités : Laurence Devillairs (Professeure en philosophie) & Alexandre Lacroix (Directeur de la rédaction de "Philosophie magazine")

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